Interview “intervenant”

Rencontre avec Paul Hervey-Brookes Fleuriste, compositeur floral et invité de notre festival

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, comment vous présenteriez-vous ?
Je suis fleuriste, mais avant tout quelqu’un qui observe. J’ai grandi dans un jardin, les mains dans la terre depuis l’enfance, et je crois que tout ce que je fais aujourd’hui découle de ça. La composition florale, pour moi, ce n’est pas un métier d’intérieur — c’est un dialogue permanent avec le dehors, avec les saisons, avec ce que la nature décide d’offrir ce jour-là.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous spécialiser dans les fleurs locales et de saison ?
La désillusion, honnêtement. Au début de ma carrière, je travaillais comme beaucoup avec des fleurs importées, des tiges calibrées, parfaites en apparence mais sans âme. Un jour j’ai reçu une brassée de dahlias d’un producteur à une heure de chez moi — les couleurs étaient imparfaites, les tiges un peu tordues, et c’était d’une beauté à couper le souffle. À partir de là, je n’ai plus jamais regardé une fleur importée de la même façon. Le local, ce n’est pas une contrainte, c’est une libération créative.

Un dernier mot sur ce festival ?
Ce qui me plaît ici, c’est que l’écologie n’est pas un argument marketing. C’est une vraie posture, que je sens dans chaque détail de l’organisation. On parle des fleurs, mais on parle surtout du monde dans lequel elles poussent — ou dans lequel elles peinent à pousser. C’est le genre de conversation que j’ai envie d’avoir, et je suis heureux de pouvoir la mener ici avec le public.

Comment décririez-vous votre approche de la composition florale ?
Je travaille beaucoup avec l’idée de mouvement. Un bouquet ne doit pas être figé, il doit avoir l’air de pousser encore, d’être en train de se déployer. J’aime mélanger les textures, associer une fleur noble avec une herbe sauvage que personne ne remarquerait dans un champ, et voir comment elles se mettent mutuellement en valeur.
Qu’est-ce que vous aimez dans le fait de transmettre, d’enseigner ?
C’est le moment où quelqu’un tient son premier bouquet terminé entre les mains et réalise qu’il l’a fait lui-même. Il y a une fierté dans ce regard-là qui me touche à chaque fois. Beaucoup de gens arrivent en pensant qu’ils ne sont pas créatifs, qu’ils n’ont pas le coup de main. Et en une heure et demie, ils découvrent que la composition florale, c’est avant tout une question d’observation et de confiance en soi. Le geste technique s’apprend très vite. Ce qui prend du temps, c’est d’oser.